quelques images qui peuvent retranscrire ce qu'est pour moi le texte Anéantis
Le personnage de Ian a, comme le précisent les didascalies du début, 45 ans. Cet âge l’oppose à la jeunesse de Cate. Il y a rupture entre les personnages dès le début. De part leur origine, leur sexe, leur âge, leurs envies, leur avenir.
Malgré ses aspects d’individu lunatique, colérique, machiste, xénophobe, malade… cet homme se révèle en être un, malgré ces cotés monstrueux. La phrase de Goethe : « seul un homme nu est vraiment un homme » s’applique exactement à Ian. Il doit se mettre à nu… jusqu’à même pratiquement se dépecer pour devenir un homme.
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Le Nu Provençal de Willy Ronis
Les didascalies du début de texte précisent qu’il s’agit d’une « chambre d’hôtel très luxueuse à Leeds ». Cependant, le coté lugubre et le délabrement physique et mental des choses qui s’installent tout au long de la pièce me fait plutôt penser à une chambre vétuste qu’à un riche hôtel. La chaise à gauche (cf image)tombe en miettes tout comme l’intérieur du corps de Ian. Ici l’homme se lave comme Ian peut le faire dans la pièce ( scène 1) mais Ian a beau se laver il sera toujours "sale".Il paraît sale en se tuant comme il fait,il paraît sale avec son comportement misanthrope, raciste... Le seul liquide transparent qu’il intègre en lui est du Gin qu’il boit comme un homme peut boire de l’eau. Lorsque je lis cette pièce d’Anéantis je n’arrive pas à voir de couleurs, c’est aussi pour cela que cette photographie retranscrit les contrastes perceptible dans le texte,avec différentes prises de lumière.
L’artiste peintre Bacon est celui qui m’est immédiatement venu en tête en lisant cette pièce de Sarah Kane. Au premier abord j'ai été choquée et dérangée par ce qui m'était donné à voir: Horreur mélangée à une certaine réalité de l’homme et de la vie.
Le triptyque de Francis Bacon, Trois personnages dans une pièce de1964 me fait penser à ce mélange de "détente-torturée".

On voit cet homme vivre mais on voit aussi que la peinture même de l’auteur est torturée.
J’aime à penser que Bacon se rapproche et se repousse à la fois de Sarah Kane.
C’est du quotidien ici que l’on voit et c’est du quotidien que l’on peut lire. Kane nous parle de choses quotidiennes comme se laver (scène 1), boire (« du gin »), manger (sandwich, brunch…). Ici on voit un homme déféquer, un autre dormir… bref un homme vivre.
Tout comme Bacon, Sarah Kane parle du quotidien de manière triviale. Cette quotidienneté nous touche parce qu’elle nous montre des situations qui nous dérangent. Pourquoi ? Parce que ses auteurs touchent à une part de notre intimité de manière brutale.
Les œuvres de Bacon et de Beuys peuvent me remuer les tripes comme le texte Kane.

How to Explain Paintings to a Dead Hare 1965 par Joseph Beuys
Cette photo me fait réagir physiquement. Tout comme lorsque je lis Anéantis, j’ai la gorge nouée, le ventre au bord de mes lèvres et mes yeux qui ne savent plus où vraiment aller : vite, car la typographie entraine le regard et que l’on devient curieux de ce qui peut se passer par la suite. Mais d’un autre coté on a envie de freiner un peu la lecture car la nausée monte aussi vite que les yeux avancent sur le texte. Le texte de Sarah Kane est comme cette photo pour cet aspect : on n’ose pas vraiment regarder car on voit tout de suite qu’il s’agit d’un homme ayant un visage répugnant tenant dans les bras un lapin mort… mais on regarde de plus près pour voir les détails, (sont-ce des vers qui lui dévorent le visage ? Ou sont-ce ses yeux ?) On aime le dégoût et aller au-delà du supportable. Kane nous emmène au-delà du supportable et une mise en scène doit retranscrire ce dégoût, cette gêne de voir. Le spectateur, comme le lecteur l’est à la lecture, doit être gêné par ce qu’il voit sur scène. Son corps d’ailleurs, doit plus réagir au dégout que le nôtre à la lecture. Pour le spectateur l’imagination n’est pas seule a être sollicitée mais l’ouïe (lorsque l’enfant pleure par exemple), la vue et peut être même l’odeur : du gin, de la nourriture, du sexe, du sang, et de la mort. Pour ce spectacle, l’illusion du spectateur est possible car on se rapproche d’une vérité, certes désagréable à dire, mais elle existe : l’amour, l’alcool, le racisme, la guerre, les viols, la mort, les meurtres... Kane nous déverse en une pièce un nombre de thèmes qui touchent notre quotidien de manière excessive mais surtout de manière brusque. Cela nous atteint intellectuellement, émotionnellement et physiquement par la révulsion totale de ce qui est exprimé. Cette pièce n’a d’intérêt d’être montée que s’il y a une vraie prise de risque de la part du metteur en scène et des acteurs. Mais elle a grand intérêt d’être représentée pour pouvoir percevoir toute l’oralité de ce texte. Comme le dit très bien Valère Novarina « le théâtre c’est la langue ». Kane travaille sur cette langue d’où l’intérêt profond d’aller voir cette pièce sur scène.
Cette pièce est d’une violence rare, elle peut être analysée de plusieurs manières différentes, je ne suis pas là pour ça mais simplement pour dire ce que pour moi peut être cette pièce.
Elle peut ressembler à cela :
Pas besoin de beaucoup de mots pour expliquer cette image trouvée par hasard sur le site cité ci- dessus.
http://www.paris-photographie.com/photoblog/index.php?showimage=49
Le texte de Sarah Kane révèle ce que peut être le visage d'un être humain : du sang. Ces yeux sévères qui pleurent contre leur gré, du sang… Cette image pourrait à mon sens, très bien servir d’affiche à la pièce. Elle est selon moi, ce qu’est Ian à la fin… Du sang à la place des yeux. Le thème Oedipien est récurent dans cette pièce. A travers le fait que que Ian perde la vu de banière brutal et barbare se rapproche au personnage d'oedipe d'un point de vu mythologique. Et d'un point de vu Psychologique c'est Cate qui restranscrit son "complexe d'oedipe sur le personnage de Ian du fait qu'il soit plus agé et pourrait être son père. Qu'il y a ntre eu un rapport conflictuel et en même temps d'"amour".
De manière concrète le visage du personnage principal devient réellement ensanglanté à la fin de la pièce, après que le soldat lui mange ses yeux, mais son regard reste identique malgré la faim, la douleur…la douleur surtout.
Le contraste des couleurs montre le contraste et les oppositions présents en chaque être humain que Sarah Kane dépeint de manière exacerbé et avec cruauté.
Les personnages deviennent figures à part entière d'une femme, d'un homme et d'un soldat. Figures qui, tout au long de la pièce, désirent, redoutent, attirent, subissent… l’apparition du sang. Image réelle ou simple illusion de l’esprit ? vérité ou imaginaire ?
Cette image, issue d'un "flyer" d'auteur inconnu, me fait penser à ce que peut être l'auteur lorsqu'il peint notre pièce... image métaphorique...bien évidemment.
La toile étant la surface de lecture que nous avons…mais quel était vraiment son environnement d’écriture ?
Le plus important est la toile de fin, les moyens et lieux de confection ne sont qu’informations supplémentaires. Quoiqu’il en soit, pour une raison imprécise j’apprécie cette image pour ce qu'elle dégage d’insolite : on ne peint habituellement pas dans un vacarme pareil. Notamment par rapport au fait qu'on puisse se blesser, qu’il n’y a pas de lumière…ce lieu de création est particulier, l’image et ce qu’elle dégage le deviennent aussi.
Ce sont des images insolites qu’il faut créer lors du spectacle d’Anéantis pour casser avec ce que dit le texte.
Dans la scénographie de Julie, le décor ne ressemble en rien à la proposition didascalique du texte. C’est une prise de partie régit par une analyse soutenue du texte. C’est la rupture qui est au cœur de son décor. Rupture des personnages, de la situation, du texte de Sarah Kane avec les autres de son temps. La rupture et le fait que les choses se brisent. La déshumanisation concrétisé.