Interview de Sarah Kane
« Pour BLASTED je crois qu’il s’est agit d’une réaction immédiate à certains faits alors que la pièce commençait d’exister. Je savais que j’avais envie d’écrire une pièce sur un homme et une femme dans une chambre d’hôtel, et qu’il y avait entre eux un déséquilibre de pouvoir si total qu’il en résultait un viol. J’y travaillais depuis quelques jours lorsque une nuit, faisant une pause dans mon travail, j’ai pris le journal télévisé et il y avait le visage d’une très vieille femme à Srebrenica, qui ne faisait que pleurer en regardant la caméra, et elle disait : « Je vous en prie, je vous en prie, que quelqu’un nous aide, oui, nous avons besoin que les Nations Unies viennent ici et nous aident. » Je me suis dit : « C’est absolument horrible, et moi je suis là à écrire cette pièce ridicule sur deux personnages dans une chambre. Ca rime à quoi de continuer ? » Donc c’est sur ça qu’il fallait que j’écrive, mais tout de même cette histoire sur l’homme et la femme m’attire toujours. Alors je me suis demandée : « Quel pourrait être le lien entre un viol banal dans une chambre d’hôtel de Leeds et ce qui se passe en Bosnie ? » Et brusquement ça a fait tilt et je me suis dit : « Mais bien sûr, c’est évident – le premier est la graine et l’autre est l’arbre. » Je pense vraiment que les germes d’une guerre de grande ampleur se trouvent toujours dans la civilisation en temps de paix. » (Interview de Sarah Kane par D.Rebellato, 3.11.1998)